En passant

Mogador a choisi Chicago, pour la saison 2018. Cette comédie musicale, chorégraphiée par Bob Fosse reprend une pièce de 1926, inspirée d’un fait divers de l’époque. Pas de claquettes mais des chansons jazz en français (surtitrés en anglais), du glamour, des numéros chantés et dansés parfaits. Cynisme et humour pour nous raconter l’histoire de deux meurtrières qui finiront sur les planches…

Roxy Hart, qui rêve de danser sur les planches, tue son amant. Ben ça arrive. Elle se retrouve en prison avec d’autres femmes qui attendent leur procès, dont son idole, Velma, célèbre artiste de cabaret. Elle, a tué sa soeur et son mari qui fricotaient ensemble, et ça Velma n’a pas aimé.

La concurrence est rude pour obtenir les faveurs de l’avocat Billy Flynn qui joue des médias et se joue des jurés pour faire libérer ses clientes. Peu importe la vérité pourvu qu’on séduise le public avec une bonne histoire. Pour lui, le procès c’est un spectacle.

La comédie musicale est conçue comme une fable que plusieurs narrateurs viennent nous conter. Le grand orchestre occupe le centre de la scène, il est le principal élément de décor, nous sommes bien dans un spectacle. Pas de prison, pas de costumes de prisonnières, mais des guêpières, des bas et de la dentelle noire. Les numéros chantés et dansés sont réglés au cordeau tout comme la mise en scène millimétrée.

Le duo Roxy -Velma, Carien Keizer (formidable) -Sofia Essaïdi (à la hauteur), fonctionne très bien et est glamour à souhait. Jean-Luc Guizonne a la présence qu’il faut pour incarner l’avocat Billy Flynn. Pierre Samuel est Amos, le pauvre mari floué et complètement amoureux de Roxy. Il est la touche d’humour du spectacle et tire avec brio son épingle du jeu. 

Il faut rentrer dans l’univers de Chicago qui est très dur sous la dentelle comme le sont les chorégraphies contemporaines de Bob Fosse. Si vous êtes surpris par la première partie, vous apprécierez la seconde.

En passant

Dans la série, « Fais-moi peur » je demande Chapitre XIII, la nouvelle pièce des auteurs de La Dame Blanche. Sébastien Azzopardi et Sacha Danino ont écrit un spectacle dégoulinant d’hémoglobine. On ne meurt pas d’effroi mais on sursaute à quelques têtes coupées et autres viscères dévorées par les rats (des vrais). Direction le théâtre Tristan Bernard. Une pièce d’horreur, ça change! Parfait pour la soirée d’Haloween entre amis.

Dès votre entrée dans la salle, vous voilà dan l’ambiance: ça sent l’encens. Nous sommes dans un couvent où Franz Müller, écrivain, vient faire une retraite afin d’écrire son prochain roman historique au temps des Cathares.

Coïncidence? Juste après avoir rédigé un chapitre, un moine meurt de la même façon horrible que le crime qu’il vient de décrire dans son roman. Et ce n’est que le premier de la liste…Difficile de vous raconter l’histoire tant les rebondissements sont nombreux et inattendus…

Sachez que les crimes se succèdent comme dans tout bon film d’horreur, que l’hémoglobine coule à flot et que la pièce se passe aussi bien sur la scène que dans la salle.

Les auteurs mélangent avec dextérité les scènes du roman, mais est-ce bien un roman, et les scènes du couvent, mais est-ce bien un couvent, mélangeant les personnages du livre et les protagonistes dan la vie…

Dans la salle, on rit et on se planque aussi derrière l’épaule de son voisin. J’ai même vu des gens ne pas rire du tout… j’ai failli leur dire que la scie plantée entre les jambes du moine était factice…mais après tout qu’est-ce que j’en sais…
Si Thomas Ronzeau est excellent en écrivain tourmenté, il fait partie d’une troupe où tous les comédiens s’investissent à fond.

Pour être vraiment au top, comme au cinéma, il faudrait des effets spéciaux encore plus poussés (et donc un peu plus d’argent) mais les rebondissements et le dénouement bien planqué, compensent. Le spectacle a le mérite d’être original. Il plaira aux jeunes et à tous ceux qui ont la nostalgie des énigmes à résoudre au théâtre. 

 

En passant

L’amour Flou, film écrit et réalisé par Romane Bohringer et Philippe Rebbot est fortement inspiré de leur histoire d’amour et de désamour. Une histoire personnelle et intime  que vivent bien des couples. Pour Romane, l’amour n’est plus là, mais il n’a pas complètement disparu et reste présent, un peu flou.  Alors pour ne pas faire exploser la famille par une séparation qui ne regarde que le couple, elle va trouver une solution  originale. Le film pourrait inspirer des « plus amoureux » qui s’entendent assez pour vivre séparément mais à côté.  

Romane Bohringer et Philippe Rebbot formait un couple heureux , ils eurent deux enfants et au bout de 10 ans, ne s’aimèrent plus. Mais ils ne se détestaient pas non plus. Après réflexion, pas question de barrer d’un trait de plume les souvenirs forgés par l’intimité. Pas question non plus de faire exploser la famille en vivant chacun de son côté. Et si on achetait deux appartements reliés par la chambre des enfants? Ainsi ils pourraient continuer à voir papa et maman comme avant!
Le film commence là où l’amour finit. Engueulades, visites chez leurs psy respectifs, annonce de la séparation à leur famille respective, vente de la maison et pose de la question: où va-t-on habiter?  C’est un promoteur qui trouve la solution: séparer deux appartements par une porte qui donne sur un « sas » ou un couloir (selon lui ou elle) qui s’ouvre sur la chambre des enfants. Ainsi Rose et Raoul pourront profiter de leurs parents à leur convenance.
Evidemment la pratique demande quelques ajustements qui donnent lieu à des situations rocambolesques et aux commentaires des amis. Et continuer une vie amoureuse alors que l’ex dort de l’autre côté du mur peut s’avérer périlleux…

Romane Bohringer et Philippe Rebbot nous content leur histoire en forçant le trait (quoique)… ils nous amusent par des situations cocasses et en faisant défiler une galerie de personnages hauts en couleurs, de l’ami des chiens au directeur d’école coiffé d’une moumoute,en passant par les vrais membres des familles des deux ex. Le propos se veut léger et joyeux dans la forme mais n’est pas exempt de fond.
Romane et Philippe essaient une autre façon de gérer leur séparation sans tout casser quand l’amour s’est enfui mais pas l’affection. On peut trouver cela utopique, irréaliste ou impossible mais cela ne fait pas de mal de rêver un peu. Et si en plus cela permet de résoudre la crise du logement, comme le mentionne Clémentine Autain qui fait partie de la distribution, c’est parfait!
Evidemment condition sine qua non pour se lancer dans l’aventure du « sépartement »: s’entendre un minimum. Vengeurs et revanchards, s’abstenir!

A l’avant-première du film L’amour flou, au MK2 Odéon, les spectateurs se sont bien amusés.

En passant

Transposer au théâtre Misery, un livre signé Stephen King est une gageure, surtout qu’il a déjà donné un film où Katie Bates a remporté un oscar. Faire peur au théâtre est toujours risqué ou on tombe dans le grand guignol ou l’effet est raté. Ici, sur la scène du Théâtre Hébertot, rien ne fait peur.

Annie Wilkes ne vit que par le personnage de Misery créée par l’écrivain Paul Sheldon, incarné par Francis Lombrail. Comme un fait exprès, Annie, infirmière le sauve d’un grave accident de la route et le recueille chez elle le temps que la neige ne barre plus les accès. D’abord reconnaissant, Paul s’aperçoit très vite que le bon samaritain vire carrément frapadingue quand elle découvre que son héroïne, Misery meurt dans son dernier livre. La faire ressusciter dans un nouvel ouvrage comme elle lui demande lui sauvera-t-il la vie? 

La pièce se déroule avec des scènes courtes entrecoupées de projections vidéos qui nous emmènent dans les cauchemars et les souffrances de Paul.  La vidéo est utilisée à bon escient pour nous montrer les autres pièces de la maison et suivre Paul dans ses déambulations. C’est là que nous devrions avoir peur, peur de voir surgir Annie. Mais rien ne vient. On assiste à une pièce normale avec de bons comédiens.

Myriam Boyer, comédienne de tripes et de force est celle qui devait incarner l’infirmière psychopathe qui torture son écrivain préféré. C’est une excellente actrice. Mais là elle ne fait pas peur. Cela manque de silence avant la tempête, de main suspendue avant qu’elle ne caresse ou ne s’abatte…
Francis Lombrail impose sa carrure et sa voix. Mais on ne sent pas qu’il a peur. Il nous fait rire par ces répliques mais pas frissonner par son désespoir.
Les scènes courtes hachent la pièce et la musique et les projections sont un peu répétitives. Le décor est laid mais c’est mon point de vue. L’ensemble manque de nuances. 

Photo Nathalie Sternalsky

J’aurais voulu trembler, sursauter (comme quand j’ai lu le livre), étreindre la main de mon compagnon de fauteuil mais non. On regarde la pièce se dérouler sans vraiment y entrer. Dommage. 

 

 

 

En passant

Au Théâtre de Paris, Michel Fau joue et met en scène  Fric-Frac, une pièce gouailleuse dans le Paris des années 30 avec gapette, argot et parigot. Régis Laspalès incarne un amoureux transi et un peu cave de la belle qui a du chien, Julie Depardieu . Michel Fau reprend le rôle de Michel Simon en malfrat du pauvre. Mais la comédienne qui emporte le morceau c’est Emeline Bayart. Elle est formidable et inénarrable en amoureuse folle furieuse prête à tout. 

Michel Fau, fidèle à ses souvenirs d’enfance, aime remettre à l’affiche des pièces qui ont été des succès à leur époque. Il a la touch pour faire du neuf avec du vieux. Fric-Frac nous plonge dans la Paris des années 40.  Sensible à la belle Loulou dont l’ami est en prison, Marcel, l’employé modèle en bijouterie, ose lui conter fleurette. Mais Renée la fille de son patron, folle amoureuse de lui ne l’entend pas de cette oreille.  Avec une idée derrière la tête, Loulou le fait marcher gentiment sous les yeux de Joe, petit malfrat qui « travaille » habituellement avec l’ami emprisonné.

La pièce démarre par une première scène un peu lente. L’ensemble sent un peu le carton pâte des films des années 40. On passe de la forêt au bistro louche, de chez le joaillier à la chambre sous les toits de Loulou. Si c’est parfait pour le décor stylisé qui tient plus de la bande dessinée que de la réalité. le parler est un peu forcé dans la bouche des comédiens, cela ne semble pas naturel comme cela pouvait l’être dans celles de Michel Simon ou Arletty. 

Régis Laspalès, tout en retenue, est un employé servile qui ploie sous le joug de son patron et de sa fille. Naïf et routinier, Loulou est pour lui l’aventure. que Julie Depardieu a le charme et le chien qu’il faut pour le personnage.  Dommage qu’elle n’en fasse pas un peu plus dans le côté vamp des faubourgs et jactance des apaches. Sans imiter Arletty, elle a de la marge.
Celle qui emporte la mise et dynamise la pièce est Emeline Bayart. Sa Renée est fantasque, déjantée, elle en a fait des tonnes dans le théâtral et ça passe! 

On passe une bonne soirée dans un Paris typique malgré quelques longueurs.

En passant

Jusqu’au 3 février 2019, le musée Bourdelle présente une exposition très intéressante sur la sculpture côté coulisses. On y découvre le maître et les apprentis au travail dans l’atelier.

                            photos V.Guichard

Comment Bourdelle transmet son savoir, sa technique et comment il pousse ses élèves à devenir eux-mêmes des artistes.
Des photos, des oeuvres de Bourdelle, Rodin, Giancometti, Richier…, des études… autant de matériel qui concourt à la création et à l’élaboration d’une oeuvre.

Quand j’admire une oeuvre, j’aime à en voir les étapes dans des études, des dessins, des croquis, des plâtres…pour comprendre le cheminement de l’idée à la réalisation. Dans cette exposition intitulée Transmission/Transgression, vous verrez qu’en art, maîtres et élèves sont proches. Les apprentis peuvent devenir des modèles et des sources d’inspiration pour le maître.

L’exposition met aussi en lumière les praticiens, ceux à qui le maître confie l’élaboration d’une oeuvre sous ses directives. Pas question de suivre son idée pour eux. L’artiste c’est le maître!

On suit Bourdelle, élève puis maître dans son atelier et dans celui de la Grande Chaumière où il enseigne. 165 oeuvres, sculptures, dessins, photos, illustrent les rapports proches et quelquefois conflictuels entre le maître et les artistes en devenir.
Bourdelle a formé 500 élèves en quarante ans, venus du monde entier. Ils ont à leur tour porté ses enseignements à d’autres étudiants dans leurs propres pays.

Ce qui frappe dans ces photos, ce sont les élèves rassemblés autour du maître et le fait qu’ils ou elles servent aussi de modèles et inspirent le maître. Il y a collaboration et entraide dans ce lieu d’étude et de transmission.
L’une de ses élèves venue d’Athènes, deviendra sa femme, Cléopâtre Sevastos.  Elle renoncera après sa mort à devenir sculpteur pour entretenir et faire perdurer l’oeuvre de Bourdelle. 

Mais devenir un artiste nécessite aussi la transgression. On suit deux parcours de sculpteur: Germaine Richier et Alberto Giacometti qui aimait à se disputer avec Bourdelle. 

Un joli voyage dans la création et l’inspiration. Pour ne pas oublier la technique, un module créé pour l’exposition présente la technique de la taille de la pierre par le procédé de la mise aux points.

 

En passant

15 ans! 15 ans que la Galerie Wenge de la créatrice Amira Sliman, située à Montmartre, se consacre aux bijoux contemporains.

Pour célébrer ce bel anniversaire, Amira expose 15 artistes qui ont travaillé sur le thème « 15 ans ». Agnès Dubois, Andrea Pineros, Anna Krol, Anne Couteau, Anne Milbeau, Emily Kidson, Laia Varela, Marta Fernandez, Mimikra, Nathalie Tisserand, Patricia Lemaire, Pawel Kaczynski, Pÿr bijoux, Ruth Temur, Ulrike Hamm et Amira Sliman bien sûr ont planché sur le sujet.

Amira Sliman, creatrice de bijoux contemporains, atelier-galerie Wenge, 9 rue Ramey, a Paris 18eme, le 14 septembre 2017.

Les créations sont toutes exclusives et toutes différentes suivant les inspirations et les matières de prédilection de chacun. Verre, argent, plumes, bois, acier, ont donné naissance à des sautoirs, bagues, boucles d’oreilles, bracelets. Ces bijoux que vous ne trouverez nulle part ailleurs, sont l’interprétation que chacun a donné à « l’anniversaire des 15 ans ». Ils portent en eux l’adn de leurs créateurs.

J’ai particulièrement apprécié le travail sur le verre filé de Nathalie Tisserand. Ces bijoux ressemblent au jais brillant et noir profond. 

collier Amira Sliman

Si vous aimez ne pas ressembler à tout le monde, si vous aimez l’originalité des matières et des formes, passez chez Wenge jeter un oeil sur ces créations. Elles vous raviront.

Jusqu’au 25 octobre  9, rue Ramey  75018 Paris Du mardi au samedi de 12h à 19h
www.facebook.com/GalerieWenge/  Instagram : http://www.instagram.com/galeriewenge/