Pour prendre la Bastille, se munir d’un plan

                     « C’est simple, voici un plan, vous le suivez.  Vous prenez l’ascenseur à gauche, vous montez au 6ème et là vous prenez à droite, vous suivez le couloir, vous suivez, vous suivez et au bout vous prenez un ascenseur et vous descendez au 4ème et vous y êtes…presque. »

Une costumière de théâtre m’a donné rendez-vous à l’opéra Bastille , Paris, 11e, où elle est en essayage. Nous devons parler costumes d’époque. « Venez, vous verrez toujours l’opéra ».

Plan à la main, je me lance. Je sens qu’on va me retrouver momifiée dans 100 ans. J’aurais peut-être dû prendre des provisions. Au moins de l’eau.

Ascenseur? Le voici, j’appuie sur 6. Jusque là tout va bien.

A droite, un long couloir, des bureaux, une porte au fond, elle s’ouvre à mon approche dans un grand vlam ! Derrière, un autre long couloir, large, avec des portants portant des armures en rang serré et des ailes d’ange de couleurs chatoyantes. Personne alentour, j’en profite. C’est pas tous les jours que je croise des créatures célestes, du moins leur coupe-vent. (J’ai touché. C’est tout doux, les anges.)

Sur ma mappemonde, il est indiqué, « décor de façades ». Effectivement un haut-relief fait de façades en enfilades décore une partie du couloir.Ca correspond. Je suis sur la bonne voie. Cheminons, cheminons. Re-virage re-porte, re-vlam,. Des caissettes pleines d’accessoires (enfin, je suppose. Je n’ai pas osé regarder dedans, promis) marquées Falstaff,  Chauve-souris, Lucia de Lammermoor , des armoires roulantes dénommées Manon Lescaut, Nabucco, Faust, je les connais tous…de nom. Tout roule ici, vu la distance, c’est préférable.

Deux virages-re-portes-re-vlam plus tard, je vérifie ma position sur la carte du jeu de piste : « têtes de taureaux ».

Je lève les yeux. Quoique, je n’ai même pas besoin, on ne peut pas les rater. Au mur, des têtes de taureaux énormes avec oreille et sans la queue, le genre qui doit trôner chez El Cordobès et Dominguin réunis (toreros bien connus). Vlam, vlam, vlam.

A l’atelier de maquillage, on peigne les perruques. A côté, le savetier, eeh, le cordonnier s’affaire. Il est vrai que le financier n’est pas loin. Bercy se trouve à deux entrechats de là. J’hésite devant deux immenses monte-charge, je vais quand même pas prendre ça toute seule. En face de ces mastodontes, l’atelier sculpture. Une statue d’éphèbe près d’un bas-relief me dévisage, des artisans taillent un arbre fantastique, rien que de très naturel dans ce monde là. Ah, dans un coin, un petit ascenseur à ma taille de « passager », nom mis sur mon badge. Me voilà passager du « Vaisseau Fantôme ». (révisez vos classiques, c’est un opéra). Descendez au 4ème. Bon, continuons. Jusque là tout va bien. Jusque là tout va bien.

J’arrive sur une mezzanine qui surplombe le service-décor. C’est qu’il en faut de la hauteur, pour les pièces monumentales. En transit, des portants portant (je l’ai déjà faite mais je l’aime bien) des tenues avec les noms de Médée, Platée, le costume de mariage de la nymphe des marais, un nénuphar…Casanova, danseur…J’oblique à gauche, un petit couloir où donnent l’atelier couture et les salons d’essayage. Des machines à coudre, des niches avec des caissettes en plastiques marquées chenille, galons, rubans, croquets, des patrons accrochés au fil qui traverse la pièce, des mannequins, des costumes extraordinaires, des trucs bizarres blessés qui ont l’air d’attendre leur tour pour  se faire réparer, arranger, pour qu’ils puissent reprendre un peu de leur lustre perdu lors des batailles de scène pendant les tournées. D’autres se construisent, s’assemblent, prennent tournure pour une nouvelle aventure programmée sur les tableaux de service. Essayages, Générale, Première.

Evidemment, en repartant j’ai appuyé sur le zéro dans l’ascenseur et me suis retrouvée… je ne pourrais vous dire où sans une carte d’état-major. C’est vrai qu’il fallait aller au 6 pour refaire le chemin en sens inverse, malv, malv, (vlam à l’envers), taureaux, virages, façades, tournants, armures, anges, ascenseur, -1(c’est la sortie). « Vous nous rendrez le plan en partant parce qu’on n’en a pas beaucoup . » Ca va pas non, un jeu au trésor comme ça, je le garde. Après tout, il est un peu à moi cet opéra, non ? Ah, j’oubliais, sur le plan il est indiqué la phrase qui tue : « Si malgré tout, vous vous perdez, appelez le secrétariat au poste 17-7 ».

OPERA

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