CAFE CON-SERT

Je ne sais pas vous mais moi les terrasses des cafés me passionnent, autant, pour les clients que pour les serveurs.

Essayez un endroit stratégique. Au hasard, les Champs-Elysées.

Bon, c’est cher.

Oui, les garçons ne sont pas aimables.

Vrai , ce n’est pas toujours mauvais.

Mais c’est comme aux … comment dirai-je? Vous savez le magasin sur le boulevard Haussman qui porte le nom d’un général français, héros de la révolution américaine. Non ce n’est pas Printemps. Et qui rime avec paillettes….

Ca y est. . Et bien il s’y passe toujours quelque chose.

Exemple: Un jour d’été avec pluies épisodiques.

Une tablée de joyeux lurons sexagénaires attablés devant des cocktails bigarrés aux noms évocateurs:

Un mari aux bretelles colorées et à la moustache en bataille déclare péremptoire, dépassé par l’âge et les événements :

 » Johnny Hallyday, quand il est sorti, je me suis dit celui-là dans six mois on en parle plus.

Et ça fait 40 ans. »

Sa femme à la lippe gourmande aux cheveux décolorés et à la robe en bataille rêve tout haut, les yeux dans le vague:

« Le deuxième mari de Sylvie, il est beau, viril. Il est bien mieux que Johnny. Lui, les minettes le prennent pour son argent! »

L’amie décolletée et dépassée par le nombre et le temps:

« Et Estelle, c’est bien sa deuxième femme? »

Réponse du chœur des vieux comme un seul homme:

« Et oui. »

L’ange du 20 passe. ( quand un silence se fait entendre et qu’à l’horloge la grande aiguille est sur 20 ou sur moins 20, on dit un ange passe. Y’ a quand même des trucs à savoir dans la vie.)

« Y’ avait de bons artistes, avant. », chevrote l’amie de l’amie, future participante aux ancêtres de la télé, d’un air extasié :

« Charles Boyer, »

« Cary Grant et Tyrone Power… » renchérit la matrone qui n’en peut plus (le « Douceur angevine », un vulgaire panaché lui a tourné la tête)

« Et Brigitte Bardot », rajoute le mari, tout tendu les yeux pleins de « Et Dieu créa la femme ».

« Elle est vieille maintenant. « , le détend aussi sec sa moitié rabat-joie empêcheuse de rêver en rond.

Deuxième ange de passage sur cette terre.

Heureusement, l’amie à la gorge Larafabianesque mais aux paroles mesurées dignes des soirées de l’ambassadeur trouve la phrase idéale:

« Y’ a de bons artistes maintenant aussi mais …ils tiennent moins longtemps. »

Si ce n’est pas de la diplomatie, c’est au moins de la logique.

Alors que le soleil revient pour s’en aller se coucher, (en clair, il ne pleut plus mais le jour descend.) le directeur décide de fermer les parasols humides. Très humides.

Ils dégoulinent d’eau, direct dans les apéros des grands-parents en goguette.

Normal, qu’est-ce qu’on en a à foutre de la clientèle? Elle est là pour raquer, déjà bien contente de se trouver sur la plus belle avenue du monde. Manquerait plus qu’elle la ramène.

Excusez moi pour le langage, mais ça fait du bien!

Fin de l’apéro. La joyeuse classe 1938 s’égaye, me laissant morose et mélancolique.

(Non, je déconne)

Un petit couple remplace les tromblons (enfin les gens d’expérience).

Le serveur décidé s’approche: Qu’est-ce que ce sera ?

Je ne sais pas vous mais moi, les filles qui prennent un air hagard suite à une question, il faut le dire aussi inattendue qu’osée comme celle-ci et qui regarde leur mec d’un air affolé cherchant une réponse, me crispent!

Il est vrai que l’énigme est difficile. Seul un homme peut la résoudre.

Personnellement, j’ai une solution. Mais il est vrai que j’ai de la bouteille.( Bar, bouteille, z’avez vu la finesse?)

J’ai un truc imparable, je consulte la carte. Faut y penser, mais c’est efficace.

Revenons à notre belle évaporée. Enfin, belle… faut bien dire quelque chose et conne, c’est vulgaire.

N’importe quel serveur expérimenté dirait d’un air las: Je repasserai

Mais celui-ci est novice, il insiste: Vous prendrez?

Pas de réponse et pourtant c’est pas ce qui manque:

un casse-noix, une cruche, une gourde peut-être non?

Enfin, l’homme, le mâle, le sauveur, fidèle compagnon de la pétasse citée plus haut que nous baptiserons  » On-se-demande-bien-ce-qu’il-lui-trouve,-à-part-ses-gros-nichons » répond:

« Un café ».

Moi aussi j’aurais dit ça. C’est fou les points communs que je peux me découvrir avec des inconnus.

Pendant ce temps, à la table d’en face, prennent place un homme et une femme. Chabadabada, encore une fois, Chabadabada. Mais 30 ans plus tard.

Lui charmant, elle revêche.

Si, si ça se voit. Elle s’assoit, contrainte et forcée. Elle, elle trouve ça hors de prix et en plus il pleut et les mocassins en python naturel qu’elle convoitait sont en rupture de stock. C’est vous dire l’humeur.

Bref, quand le garçon s’approche pour la deuxième fois. Il sait à qui il a à faire (celui-ci n’est pas né de la dernière pluie et Dieu sait qu’elle est récente. Voir plus haut):

 » Et pour madame, qu’est-ce que ce sera ? »

Ce sera? , répète-t-il,

Et voyant la mine renfrognée claque la carte (pas la dame mais le cœur y est) et ajoute:

« Ce sera… rien! »

Pas gracieux le serviteur, mais marrant quand même, surtout quand ce n’est pas à vous qu’il s’adresse.

Le revoici, interpellé par une asiatique à qui il manque une cuillère à glace.

« Mais bien sûr , mademoiselle »

et hop, il chope une cuillère sale sur une table désertée, pas desservie, l’essuie d’un revers de main sur son tablier et v’lan la tend à la japonaise comblée.

Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir!

La prochaine fois, j’apporterais la mienne.

Ca c’est Paris!

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s