Théâtre parisien: Désolé pour la moquette…, un Blier jouissif

photo du spectacleUne femme allongée sur une moquette, un litron dans la poche de son manteau. Par décret, la moquette est prolongée vers l’extérieur pour donner un peu de « confort » aux gens de la rue.
Sur l’autre partie de la moquette, une autre femme, en robe noire et perles en sautoir.
Autour d’elles, de grands cubes bleus traversés d’un listel où apparait des immeubles, des maisons, une ville et ses lumières dans la nuit.
La bourgeoise, Anny Duperey, attend son mari qui ne rentre pas.
La SDF, Myriam Boyer, n’attend rien.
Entre elles, des échanges, de mots, de rôles, d’hommes, des cloisons virtuelles, invisibles mais bien là;

Avec Bertrand Blier, casaniers des planches, s’abstenir.
Avec lui aussi, raconter la pièce relève de la gageure. Le cinéaste fait souffler sur les rideaux de velours cramoisis parisiens, un air contemporain inclassable, un vent de liberté et d’amour, d’amour des mots et des gens.
Ici, pas de 3 actes au carré, ni de décor signé Roger Harth, ici pas d’histoire simple à raconter et pourtant si simple à saisir. Bref du théâtre, du théâtre et encore du théâtre, du vrai, du faux, du fond et de la forme, jusque dans les rebondissements où l’auteur se permet même d’intervenir et où les comédiens s’interrompent en se demandant si « là, les spectateurs ne sont pas entrain de se faire chier ».

Au Théâtre Antoine, il y a du théâtre avec des personnages bien dessinés, une partition à jouer pour les comédiens que Blier aime.
Les deux femmes se parlent, se jaugent, se connaissent, soudain les rôles s ‘échangent, la vie dehors serait-elle plus riche que l’existence du dedans.
Autour d’elles, survient le clochard céleste, Patrick Préjean, et le fonctionnaire du ministère qui supervise les moquettes et même le mari volage de retour au bercail.

Aux dires de Patrick Préjean, le sdf aveugle et sensuel qui va apporter la jouissance et la vie à la bourgeoise Annie Duperrey, les mots « Blieresques » ont une musicalité bien à eux qu’il faut respecter comme la mise en scène rigoureuse de l’auteur.

photo  blier

photo Gilles Bureau

Blier parle d’enfance, et aussi beaucoup de cul, comme toujours, mais avec des répliques poétiques ou hilatantes comme « non, aujourd’hui, j’ai vraiment pas la tête au cul », dit Myriam Boyer, ou une autre qui fait exploser de rire le public: à la phrase de Préjean qui après avoir admiré l’intéreiur bourgeois de la maison d’Anny Dupérey, découvre sa petite culotte en s’émerveillant « qu’aucun poil n’en dépasse, elle lui répond logiquement: « c’est un intérieur bourgeois. »
Un conseil: allez au théâtre Antoine sans rien attendre, lâchez prise, comme on dit chez les psys et vous en sortirez heureux!

Théâtre Antoine 01.42.08.77.71
14 boulevard de Strasbourg , Paris, 10e

du mardi au samedi 21h, samedi 17h30 et dimanche 16h

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