Autodidacte, Terry ou studieuse, Aliza, les sœurs aux yeux noirs ne savent vivre que passionnées.

Il y a quelques temps, j’ai écrit deux portraits de soeurs, chefs d’entreprise beauté, qui devaient être publiés ensemble dans un magazine féminin. Un seul l’a été. L’autre a été oublié…(« ben c’est pas grave »), je rectifie aujourd’hui la manoeuvre et vous livre les deux. A lire à la suite!

Terry de Gunzburg : l’excellence jusque dans la futilité

Maquilleuse internationale autodidacte éprise de pureté, Terry ne se reconnaît pas comme une artiste. Elle recherche pour toutes les femmes soucieuses de perfection, à faire d’un geste quotidien, un plaisir et une joie.

photo de Terry Terry ne passe pas son enfance dans l’opulence mais dans la connaissance.

Ses parents, européens, sensibles, érudits et mélomanes vivent au Caire dans un milieu très cosmopolite et intellectuel. En 1956, le père de Terry, chercheur en chimie organique et amateur de philosophie, est obligé de quitter l’Egypte pour la France. Terry, son frère Ilan (écrivain et cinéaste) et sa sœur, Aliza de 7 ans sa cadette (PDG de Nuxe), sont de très bons élèves. « Notre épée de Damoclès était de décevoir les parents. »Pour séduire papa, Terry commence médecine mais s’aperçoit très vite que « ces études n’étaient pas faites pour moi comme je ne l’étais pas pour elles. » Elle choisit avec une copine de s’inscrire à un stage d’esthétique chez Carita. « On a pensé qu’après tout on saurait s’épiler. » Ce qu’elle découvre lui rappelle des souvenirs d’enfance « quand on faisait des crèmes à la lavande à Ramatuelle avec papa. » Elle ose dire : « je suis attirée vers le superficiel, ça sera ma vie ».

Ses parents la laisse faire à condition de le faire bien. Terry a son CAP haut la main. Les soeurs Carita repèrent cette fille, très différente des autres, à la classe certaine et qui a la main, « j’avais un coup de patte. » Terry prend ce que les stars de Carita laissent : des studios de photos moins connus, des clientes moins aisées. Elle apprend. Autodidacte de tout, elle a la science des couleurs par intuition et fait sérieusement les choses légères. Un soir, un appel de Vogue. Il faut un maquilleur, cette nuit. Personne. A part elle. « J’ai pensé que je ne saurais pas. » Mais grâce au précepte des soeurs Carita « on ne peut pas savoir qu’on ne sait pas faire tant qu’on ne l’a pas fait », elle fait la rencontre de sa vie.

Le monde du studio, des grands photographes, des défilés, la passionnent. « J’étais au service d’une équipe ». Au contact de créateurs comme Pierre Cardin, Angelo Tarlazzi, elle obtient la certitude que la maquillage est sa voie. « Je n’ai jamais faibli sur cette passion. » En 1985 Carita est rachetée. Elle part. « J’ai toujours travaillé avec le créateur qui a fondé sa maison. » A 30 ans, Yves St Laurent l’engage comme maquilleur styliste international. L’expérience vécue par Terry touche à l’extase. « Tout le monde avait l’obsession de séduire, de faire plaisir au maître. » Elle crée le style du maquillage de la maison, réinterprète l’esprit du couturier.

photo produit terryMais pour son père, ceci n’est qu’une étape. Il faut capitaliser sur ton nom et ton art, ton talent, lui souffle-t-il. Une idée lui trotte dans la tête : créer une ligne Haute Couleur pour le maquillage, « j’avais envie de ne travailler que sur des prototypes de très haut vol. Le luxe de la rareté.». Sa proposition se heurte au coût économique. La créatrice a toujours suivi ses désirs. Elle fonde « By Terry » tout en restant chez St Laurent. « Notre père nous a élevé dans l’indépendance et la valorisation de ce qu’on était. Ne pas être star chez les autres, être indépendant et maître chez nous. »

En 1998, la première boutique est ouverte. En 2001 Terry choisit de ne pas travailler avec Tom Ford. « Après Yves St Laurent, je ne pourrais être que déçue, la fascination me manquerait. » Terry est une perfectionniste. Ses produits en supra édition limitée, inventés dans son laboratoire, doivent être parfaits, de la texture à l’emballage. « C’est de l’horlogerie fine. Je veux seulement donner à toutes les femmes l’accès à la rareté.» Elle s’est lancée dans une autre aventure, une collection d’objets pour « mettre en beauté la maison ».

Terry a aussi une famille. Un mari, chercheur, épousé il y a 10 ans, rencontré à une réunion de parents d’élèves et ses deux filles, aujourd’hui 23 et 21 ans, ses deux fils de 8 et 6 ans, les trois filles de son mari « et le chien ». Comment fait-elle ? « Comme on peut. On autonomise. » Les enfants ont la certitude qu’ils peuvent la joindre à tout moment. « J’aime ce que je fais. C’est clair pour moi et pour eux. Je ne suis ni esclave de mes enfants ni de mon entreprise. Et je m’autorise à être imparfaite. » Une même passion pour l’art contemporain permet aux époux de se retrouver aux quatre coins de la planète pour un week-end culturel.

Encore un désir ? « J’aimerais donner des murs à un artiste, pour qu’il s’exprime. »

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  1. Pingback: Aliza Jabès, persévérer jusqu’à tout recommencer | Parisienne à Paris – Choses vues à Paris

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