A consommer avec modération

 Hier, une grande marque d’alcool haut de gamme invitait les journalistes à découvrir les offres et coffrets de fin d’année. Bonne occasion pour déguster des produits d’exception !

Arrivée devant l’entrée aux hôtesses en tailleur noir et escarpins haut perché faisant office de cerbères, une femme m’accoste.

« Je peux entrer avec vous ? »

Je réponds « oui » tout en me disant que je fais entrer le pique-assiette professionnel dans la bergerie Champagne-Cognac. Je lui demande quand même si elle est journaliste, pour le principe, « oui bien sûr », et aussi son nom, histoire de lui faire sentir que je ne suis pas dupe du subterfuge. A peine lâchée dans l’open bar, elle boit à tous les râteliers.

Bon, la BA aux frais de la princesse étant faite, passons au boulot : goûter pour informer !

D’abord un champagne K… « à déguster avec du parmesan », me précise le serveur. Et cerise sur la meule, le parmesan est fractionné directement dans la demi-roue de fromage italien, la classe. Slurp, délicieux et c’est vrai que l’association des deux sublime les arômes du vin pétillant.

A droite, un champagne rosé à boire accompagné d’une « eau de tomate au torchon » pour titiller les papilles. Original. « Je préfère l’eau de tomate toute seule », pense tout haut une dame à ma gauche. Snob, va !

photo bouteilles hommage à andy warholDirection Dom P…le packaging est Pop Art redessiné par l’école de stylisme Saint Thomas School de Londres, afin de souligner le positionnement de la marque « grand luxe mais toujours décalée », d’ailleurs les écussons sur la bouteille 2000 ou 2002 sont bleu turquoise, « si rare en champagne », certes, rose et vert. Amuse bouche poisson mariné sur chips de pomme de terre, graines de grenade : impeccable.

Glissons-nous jusqu’au comptoir M…, le chef de cave ne tarit pas d’éloge sur le 2002 qui accompagne avec délice le homard sur chips de curry. « Il va merveilleusement sur une volaille à la crème, des champignons, l’apéritif…il n’a pas d’agressivité mais du caractère. » Comme moi, on est fait pour s’entendre. Tiens, je re-goûte.

Après des macaronis champignons chauds, et des cornets beurre de truffe pop corn, je tente le cognac. Je sais c’est osé mais il faut faire son travail sans fléchir.

Pour éviter de passer, 1/ pour une ivrogne mondaine et 2/pour une béotienne, j’avise le barman et je lui dis comme ça : « si je vous demande de mettre de l’eau dedans, vous n’allez pas pousser des cris ? ». Ce à quoi il me répond : « madame, c’est la recette. »

La recette du cocktail  proposé bien sûr, eau pétillante en plus du zest citron. Top. Evidemment vous pouvez aussi le goûter sec. Non, avec eau, ça sera bien. D’ailleurs il est bien connu qu’une goutte d’eau (ou deux) dans le cognac ouvre ses arômes. Et toc.

L’attachée de presse vante les mérites de la fine de Cognac à un collègue en lui recommandant : « je vous engage si vous avez l’occasion, à tous les boire » en montrant sur le comptoir des assemblages de différentes années. Comme elle y va.

J’attaque la queue qui attend le rosbif sur toast (fondant à souhait). Je discute avec un petit couple très sympa qui boit de la vodka basilic…Si , si.  Du coup j’essaye. Super bon, super frais. En plus de la vodka, du basilic il y a aussi du jus de citron vert, du gingembre et, et de la glace pilée. Ça noie.

Je les ai recroisés un peu plus tard, un verre de vin (pour la viande, normal) à la main, moi j’ai fait l’impasse. J’ai préféré reprendre du champagne K… ;mais sans parmesan. Une bonne femme (je ne vois pas d’autres mots) interroge le serveur de la meule en faisant la grimace : « c’est du 12 mois, non ? » 24, madame. « on, non, ce n’est pas possible. » Si madame, 24 mois. « Ah, j’ai confondu parce que je suis plus habituée au 36 mois. ». Impassibilité du serveur qui en a entendu d’autres. Bonjour les snobs. Si ça se trouve, elle ne connait que la vache qui rit de 36 mois et en plus elle sait même pas pourquoi elle rit, la vache.

J’ai zappé le Whisky, faut être raisonnable. En fait arrivée à 19h30, je suis repartie à 22h… alors que je ne pensais que boire une coupe (bon deux) , saisir le dossier de presse et rentrer voir la finale du dîner presque parfait. Flûte, je suis restée. Ce n’est pas pour les accords boissons-mets, pour les bulles exceptionnelles, non, ça c’est le boulot. En fait j’ai rencontré des gens charmants. En plus du jeune petit couple, j’ai croisé un moyen vieux couple, lui baroudeur des journaux, elle, costumière pimpante. On a plaisanté avec les serveurs, on a continué à boire, le dernier pour le métro, et on a trouvé que ça manquait de dessert, à part la cerise trempée dans le chocolat qui est toujours bienvenue.  

Sur une dernière cerise, nous nous apprêtons à quitter cet antre de l’alcool qui fait la renommée de notre beau pays, fier d’avoir fait notre travail en conscience. (bref) Nous partons de concert prendre le métro.

Quand, sur le comptoir, une étiquette, attire mon attention (déjà bien en sommeil) :

 « Nos produits d’exception sont à consommer avec modération. »

Ca ne s’invente pas.

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