« A chacun ses fées »: entretien avec Nicolas Briançon

Nicolas Briançon a traduit, joue et met en scène la pièce la plus jubilatoire de Shakespeare au Théâtre de la Porte Saint Martin : Le Songe d’une nuit d’été. 18h, il vient juste de terminer les « raccords » de mise en scène, nécessaire après deux jours de relâche et s’apprête à monter sur scène dans le rôle du roi des Ombres, Obéron.
Il raconte comment est née sa version du « Songe ».

« Pourquoi monter une autre pièce de Shakespeare après la Nuit des Rois, l’année passée ? »
Je ne suis ni Peter Brook, ni Giorgio Strehler dont j’ai un souvenir mémorable de sa mise en scène de La Tempête à l’Odéon.
J’ai mis beaucoup de temps à oser m’attaquer à Shakespeare. On dit toujours que je suis un jeune metteur en scène mais j’ai 49 ans! Comme La Nuit des Rois s’était bien passée, j’ai eu envie d’aller plus loin dans mes choix de mise en scène avec le Songe. Dans Shakespeare, il y a tout ce que j’aime : le vaudeville, le drame, la tragédie, le théâtre de l’horreur…et surtout, il y a une totale liberté d’écriture. Il faut avoir aussi une grande liberté pour le monter.

« Cela n’existe pas dans le théâtre classique français ? »
On trouve une rigidité un peu intellectuelle avec des principes, des règles d’unité, de temps, de lieu, on ne mélange pas les genres…Ce qui me plait le plus dans le roman par exemple, c’est la liberté absolue, Cervantès, Rabelais, Diderot. Cette liberté me plaisait mais j’avais l’ambition de rester fidèle à la pièce, même dans une autre ambiance.

« Comment est venu l’idée des années 60 ? »
C’est drôle, tout le monde m’en parle. J’avais situé La Nuit des Rois dans les années 30 et cela n’a choqué personne. En fait je suis parti avec l’idée de faire de la forêt un cabaret, une vieille boîte de streap-tease où des jeunes gens du beau monde débarqueraient une nuit et de faire d’Obéron, un vieux mafieux style années 50. Mais ça ne marchait pas. La pièce résistait.

« Elle a eu son mot à dire ? »
Je me refuse à faire entrer la pièce par le chat de mes désirs de metteur en scène. A force de travailler, les années 60, 70 se sont imposées. J’ai gardé l’idée du cabaret, des danseuses qui incarnent les fées…J’ai joué ce que j’estimais être la pièce.

« Si l’on voit le spectacle, on entend du Shakespeare ? »
Je suis resté proche de Shakespeare. Avec Pierre-Alain Leleu, nous avons passé un an sur l’adaptation en reprenant chaque phrase, chaque mot. Nous sommes restés extrêmement vissés au texte. Shakespeare parlait cru aussi et mêlait des jeux de mots, des expressions de son temps, c’est ce que j’ai fait de temps en temps. Je voulais un spectacle intelligent pour les gens d’aujourd’hui.

« Vous pensez avoir réussi le pari ? »
Je pense que c’est réussi si j’en crois les spectateurs heureux qui sortent du théâtre. Je ne prétends pas avoir La version de la pièce. Après tout c’est une pièce sur le rêve et les fantasmes, l’imaginaire. Chacun peut avoir sa version de la forêt, des arbres, … A chacun ses fées !

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