Demaison: quand les rêves deviennent la réalité

En 2005, je rencontrais François-Xavier Demaison, il débutait sa carrière. J’avais fait son portrait pour un site sans intérêt. Je le reprends aujourd’hui alors qu’il débute son nouveau spectacle à la Gaîté Montparnasse.
François-Xavier Demaison : comédien épatant, homme émouvant

Quand  un jeune brillant fiscaliste international, au lendemain du 11
septembre 2001, se paie le luxe de tout envoyer balader pour enfin
suivre sa passion en devenant comédien, on pourrait penser qu’il a « pété
les plombs », que c’est un excentrique ou qu’une lubie passagère s’est
emparée de lui. On aurait tort, il a simplement trouvé sa voie. L’homme
« décalé » est devenu comblé. Laissez passer les rêvesQuand François-Xavier Demaison, 33 ans, entre dans le bar somptueux du Hyatt Vendôme,  rue de la Paix, où businessmen et vedettes du show-bizz s’affairent, il
affiche le pas de l’homme tranquille qui sait où il va.Le bonhomme à la bouille ronde et aux yeux noirs pétillants, aux
cheveux rares et ras, au regard direct et franc, est fatigué mais aux
anges. Son spectacle « A story pour les gens qui believe in dreams »
peuplé de personnages plus loufoques et drôles les uns que les autres
et qui raconte son parcours romancé, emporte tout sur son passage, des
rires du public aux approbations élogieuses des critiques. Chroniqueur
du Fou du Roi sur France Inter, et de Samedi Pétantes sur Canal +, François se retrouve aujourd’hui sur la scène du Petit Montparnasse avant de passer à celle de la Gaîté Montparnasse.
Il y a seulement quatre ans il était fiscaliste international à New
York. Un changement d’itinéraire radical. Tout cela parce qu’il a cru en
ses rêves.

Des débuts très classiques

Tout commence alors que le petit François-Xavier
voit le jour dans une famille dont les parents ne doivent leur réussite
qu’à leur travail. Une mère avocate et corse, un père d’origine très
modeste et avocat offrent, à lui comme à ses deux sœurs et son frère, le
parcours classique d’un milieu bourgeois, Neuilly, l’école privée et
une vie confortable mais sans tape à l’oeil.

Sur les bancs de l’école, le petit garçon se sent déjà en décalage
avec ses camarades. Pas très à l’aise dans son corps un peu pataud, il
fait rire les copains dans la cour pour se faire accepter, participe aux
spectacles de fin d’année, se sent chez lui sur scène. « J’ai toujours
aimé cela, j’ai toujours eu envie de monter sur scène, d’avoir cette
reconnaissance. On y reçoit tellement d’amour. » Son envie d’être
comédien le tient mais pour faire plaisir aux parents, « pour être
conforme à l’idée de réussite véhiculée dans mon éducation », il choisit
le droit… mais s’inscrit au Cours Florent parallèlement.

Réussite sur les deux tableaux : maîtrise de droit et intégration
dans la classe libre du célèbre cours où il se taille un joli succès
dans la comédie comme dans l’émotion. Il aurait pu choisir de suivre sa
vocation à ce moment là. Mais « j’étais conforme à mon environnement.
J’avais certainement un manque de maturité, de confiance « . Une peur de
l’insécurité aussi.

Une carrière prometteuse

Il suit donc la voie tracée. Il intègre Sciences-Po
où, là encore, il ne se sent pas à sa place parmi tous ces bons élèves
dont il fait pourtant partie. Diplômé en 2 ans, recruté à l’école par
une entreprise américaine puis mariage. Tout va très vite. Il passe à
Paris 3 ans « pas insupportables » à pratiquer la fiscalité internationale
« avec des gens agréables ».

L’envie de changer le prend et l’énergie générée par l’Amérique
l’appelle et le fascine. Il débarque à New York avec femme, meubles et
bagages dans des conditions idéales. Le « challenge » lui plaît. « C’était
dur au début » mais les choses se passent plutôt bien. Il s’installe dans
des habitudes agréables, fréquente les bons et beaux endroits. « Cette
vie me convenait. » Même sa soif de reconnaissance semble étanchée.

François a tout mais l’indispensable lui manque.
Une remise d’Oscars entrevue à la télévision lui fait mal, assister à
une comédie musicale lui étreint le cœur. « Il y a des choses qui ne sont
pas réglées, je le sais, je le sens. »

Quand la tragédie change la destinée en comédie

Et puis un matin de septembre, le ciel est bleu, François prend le métro pour se rendre à son bureau. Il sort au Rockefeller Center
comme d’habitude et voit sur la télévision d’un salon de coiffure, une
tour brûler. « C’est un incendie », pense-t-il sans vraiment y faire
attention. « J’étais dans mes rails. »

Arrivé à son bureau, il apprend qu’un avion s’est écrasé dans la
tour, « un accident sûrement », pense-t-il. Puis un deuxième avion se
crashe. Il se précipite en bas. Les tours flambent. La coïncidence n’est
plus possible. Il remonte passer un coup de fil à sa famille puis se
dirige vers le métro pour rentrer chez lui à Manhattan Sud : « Plus de
métro, évidemment. Je n’avais pas saisi réellement ce qui se passait. »
Plus il descend vers le sud de la ville, plus il croise de gens aux
visages en sang et « plus c’est apocalyptique. » Les magasins sont envahis
de piétons qui achètent des chaussures pour pouvoir rentrer chez eux en
banlieue. Un camion de pompiers lancé à toute allure crée la panique.
« On se serait cru dans King Kong ou Le Jour d’Après« .
Quand il arrive chez lui, sa femme est réfugiée sur le toit, elle a vu
les deux tours s’écrouler, chacune à leur tour, emportant des centaines
de vies.

Le quotidien reprend mais sous état de siège : contrôles de l’armée,
masques sur le visage à cause de la cendre, odeurs de plastique brûlé,
alertes à la bombe. « Je réalise alors que j’étais dans un monde de
carton pâte, vide de sens pour moi, déconnecté de la réalité. Je
m’aperçois que je suis dans la compensation, que je n’ai rien à faire
là. Je me suis éloigné de la scène et j’aurais pu crever ce jour là dans
l’une des tours et il serait resté quoi ? Un type conforme qui n’aurait
pas été au bout de sa passion pour la scène. Je me dis qu’il n’y a rien
qui s’achète qui vaille le prix de ma passion. En toute sincérité. »

A croire que le destin ne l’a emmené jusque là que pour qu’il réalise ce qu’il est en train de manquer.

« Je décide de faire le grand saut »

Le déclic s’est produit : il doit retrouver sur scène. « J’écris un
spectacle ». Des choses décalées remontent de son inconscient et des
personnages naissent : « Je sors de ma douche et je vois le personnage du
boxeur, malgré moi. » Il s’autorise enfin à exister en tant que
créateur.

Lui qui n’a jamais pensé écrire, tape son spectacle au bureau entre
le pot de café Starbucks et le doughnut du matin. La mutation est
lancée, mais il n’est pas fou : « Il me fallait des paliers ». Retour en
France, pour la même entreprise, mais cette fois il passe à l’action et
organise une représentation du spectacle. « Je demande de l’aide à mon
ancien professeur et je me retrouve au Théâtre du Gymnase avec 750 personnes debout aux saluts. Je suis comme fou. Je décide de faire le grand saut. »

Le coup de foudre

C’est alors que Samuel Le Bihan entre en scène…
et dans sa loge. Enthousiaste, il décide de le produire alors qu’il
n’est pas producteur. « Un coup de foudre. » L’acteur de cinéma
l’accompagne pendant deux ans. Deux ans d’échecs et de victoires
communes où le producteur montre une exigence à la hauteur de son
investissement personnel. « Il a été parfois même un peu dur… mais cela
m’a fait progresser », admet François, en homme de mesure, bien élevé. Samuel lui présente Eric Théobald, un copain de la Comédie Française, qui devient son metteur en scène et Mikaël Quiroga,
un rappeur, auteur de chansons. A eux quatre, ils écrivent, critiquent,
travaillent. Les doutes demeurent, « mais j’avais la foi que j’allais
réussir. »

Une équipe pour « un casse comme dans les films des années 50 »

Le 1er Mars 2005, le spectacle est créé aux Petits Mathurins et c’est un succès incroyable.

Même les comédiens, ses pairs, sortent de la salle, sidérés par tant
de maestria de la part de ce petit bonhomme explosif inconnu un an au
paravant. Là aussi tout s’enchaîne, Stéphane Bern l’appelle dans l’équipe du Fou du Roi et de Samedi Pétantes où il faut inventer des sketchs régulièrement. « C’est un autre challenge mais je ne suis pas seul. Eric et Mikaël
écrivent avec moi. » L’équipe du succès ne s’est pas séparée, au
contraire. Ils ont plein de projets, même de longs métrages. « On ne la
joue pas « perso », on est très soudé. Je tiens beaucoup à l’équipe, j’en
suis très très heureux. »

Désormais il ressent un décalage avec ses amis « d’avant », des amis
qui ne comprennent pas son parcours, sa voie, sa vie. Tant pis. « J’adore
tellement être dans cette équipe : le titi parisien (Eric), la vedette
de cinéma (Samuel), le rappeur (Mikaël) et un type comme moi. J’ai
l’impression qu’on prépare un casse comme dans les films des années 50. »

On verrait bien ces quatre mousquetaires, unis comme les cinq doigts
de la main, lancer « un pour tous, tous pour un », comme un seul homme.
Ces quatre là se sont trouvés au détour d’une scène, celle de la
passion. Ils s’aiment, s’entraident et se soutiennent. Point final. François croit aux amitiés qui se construisent en faisant des choses ensemble, en partageant les mêmes aventures.

En représentation sur scène, mais plus jamais dans la vie

François vit bien sa mutation mais en partie parce
que sa famille l’accompagne. Son père lui a déclaré un jour qu’il était
plus fier de lui aujourd’hui, que le jour où il avait réussi Sciences-Po.
De quoi se sentir des ailes pour l’avenir. « Ce métier est déjà assez
difficile, pour ne pas avoir à le faire contre sa famille. » Au
contraire, ils le soutiennent de manière intelligente par des critiques
toujours constructives. « Et puis je suis tellement heureux. »

Heureux mais angoissé : « Je suis toujours sous pression car j’ai des
échéances. Je suis en flux tendu complet, » ajoute-t-il avec un sourire.
Le voilà pris dans un vrai tourbillon d’énergies différentes à gérer
« en faisant attention de ne pas se noyer. » Promo soutenue, tournée à
venir, spectateurs intrigués et admiratifs. « Je dégage quelque chose de
plutôt gentil, alors les gens viennent vers moi, m’envoient des lettres.
Ca me touche et j’essaye de répondre. J’aime ce contact direct. Cela
m’émeut. » Tout comme raconter son parcours l’émeut à chaque fois qu’il
l’évoque.

Ces nouveaux rapports vrais font qu’il se sent plus attiré par des
gens simples que par les notables. Maintenant qu’il est en phase avec
lui-même, il recherche avant tout la sincérité dans son métier mais
aussi dans ses relations. « Je suis bien dans mes baskets je n’ai pas
envie de m’encombrer d’obligation de représentation. Ma sociologie, j’en
ai rien à foutre. »

Manquerait à la nouvelle vie du spirituel François ? Peut-être un peu de spiritualité : « Mais je n’ai pas encore trouvé ce chemin » croit-il.

S’il ne sait pas encore de quoi sera fait son itinéraire, François-Xavier Demaison sait qu’il est sur la bonne route : la sienne.

Véronique GUICHARD, Décembre 2005

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