Portrait de Agathe Sanjuan: conservatrice-archiviste de la Comédie-Française

Agathe Sanjuan n’a rien d’une souris de bibliothèque. La conservatrice-archiviste de 33 ans, mère de famille de deux enfants, nous parle de son métier qu’elle exerce à la Comédie-Française, avec passion et enthousiasme. Elle nous reçoit dans son bureau donnant sur les jardins du palais-Royal. Au mur des tableaux de comédiens en costume et sur un magnifique tabouret en X en velours rouge, des dossiers, des papiers…

Son parcours

Adolescente, Agathe fréquente les musées, aime l’histoire et apprécie l’esprit de collection. Tout cela la mène à la difficile et prestigieuse école des Chartes. Pour obtenir encore plus d’opportunités professionnelles, toucher à des spécialités différentes, elle poursuit par l’ENSSIB de Villeurbanne. Cette école forme les conservateurs de bibliothèques.

Son premier poste l’amène à la BNF (Bibliothèque Nationale de France), grand paquebot impersonnel. Elle débute au département des acquisitions de livres en langue étrangère. Puis elle intègre le département des Arts du Spectacle.

Le théâtre au coeur

Ce n’est pas par hasard que la jeune femme s’approche du monde du spectacle vivant, côté archives. Le monde de la scène la titille tant, qu’elle joue dans une troupe amateur pendant ses études. L’apprentie comédienne joue mais file aussi un coup de main en plateau et à la technique.

Même pendant ses études, le monde du spectacle ne l’oublie pas. » J’avais eu l’occasion en stage de préparer une exposition sur Gérard Philippe. »
Puis l’occasion lui est fournie de devenir conservatrice-archiviste de la Comédie-Française.

La Comédie-Française

« Ici, j’ai trouvé les deux : la vie trépidante du théâtre, d’une troupe et la collection. » La toute nouvelle conservatrice est surprise. « je ne pensais pas que la maison possédait autant de choses en terme d’ oeuvres d’art. » Des tableaux, des sculptures sont exposés dans les parties publiques mais la plus grande partie occupe les parties privées. « Les réserves sont très restreintes, alors le moindre recoin sert à exposer les oeuvres. » Une obligation qui réjouit les comédiens, ravis de vivre au milieu des oeuvres d’art.

Son job

Son travail premier, avec ses collègues, est celui d’archivage au quotidien. Elle doit aussi s’acquitter de sa mission de service public en recevant les personnes en salle de lecture qui désire consulter les archives pour un travail de recherche. « Nos relations avec l’université sont assez fortes. Comme la salle est petite, les chercheurs se connaissent, travaillent souvent sur le même sujet, partagent des informations. Nous avons des rapports directs avec eux. Les gens sont contents de venir. »

Elle répond aux demandes d’emprunt, sollicite les ventes publiques pour enrichir la collection, rédige les programmes et dossiers de presse, accompagne les visites du bâtiment pour les scolaires avec le parcours Molière, répond aux questions de metteurs en scène en recherchant des partitions, des textes… Elle apprécie son travail très varié.

En arrivant dans la maison, la conservatrice s’attaque à un gros chantier de trois ans de numérisation des maquettes planes de décors ainsi que les textes du répertoire. « Il a fallu recenser les auteurs et leurs ayant-droits pour les répertorier et mettre les textes sur internet. Le catalogue est en ligne depuis quelques jours.

« Il y a des choses insolites, comme les petites cuillères ou les coupes à champagne de Sarah Bernhardt. C’est le répertoire d’une collection d’oeuvres d’art. « Il est très important que les gens sachent ce qu’elle contient. »

Agathe s’est également occupée de la première exposition spécifiquement dédiée au costume de théâtre au Centre National du Costume de Scène à Moulins (jusqu’au 31 décembre). Ce musée ouvert il y a cinq ans avait jusque là mis plus en avant les costumes et décors d’opéra.

L’exposition à Moulins

Pour cette exposition, Agathe fait équipe avec Renato Bianchi, directeur des costumes à la Comédie-Française. Tous les deux allient leurs compétences complémentaires pour choisir les pièces. « Nous avons fait un premier choix à l’oeil et puis nous avons sélectionné les plus intéressants après avoir fait des recherches en bibliothèque. »

Ils ont à l’esprit que l’exposition sera chronologique, ce qui ne s’était encore jamais fait. « En fait le parcours est composé presque de façon scientifique. » Avec l’évolution du temps, on suit l’évolution du costume mais aussi l’évolution des moeurs et le changement dans la fabrication du costume.  » On voit aussi le lien avec le costume civil puisque fin du XIXe siècle, certaines comédiennes pour le répertoire moderne, choisissaient d’être habillées par des grands couturiers !  » Cela témoigne aussi du début du système de starisation.

L’exposition du Petit Palais

Cette exposition a été très rapidement montée, en cinq mois. D’habitude la préparation prend deux ans, mais il n’est pas question de refuser l’opportunité de présenter l’institution de la Comédie-Française sous l’éclairage de l’histoire de l’art.

Cette exposition s’intègre aussi parfaitement à la saison où la Comédie-Française « sort d’elle-même. » Elle va faire une tournée en Chine et intégrer en Janvier le théâtre éphémère en bois, pendant les travaux de réhabilitation du théâtre.

Cette exposition a un sujet très large. Agathe revoit tout le catalogue, tous les tableaux, toutes les sculptures, fait appel à des historiens d’art et choisit les pièces qui montreront l’évolution de l’art du portrait du comédien mais aussi celui des décors, du public par exemple.

« On a toujours des regrets dans ses choix. » Mais aussi des appréhensions. Comment les sociétaires vont-ils prendre que le fauteuil de Molière dans le Malade Imaginaire quitte la maison ?  » Cet objet a un aspect symbolique très fort. C’est un peu l’âme de Molière. mais cela n’a posé aucun problème. » Du jour au lendemain, la maison se vide !

La scénographe propose en contrepoint des oeuvres classiques un écrin résolument moderne. Cela correspond aussi aux désirs de Muriel Mayette, administratrice, de présenter oeuvres et accessoires de façon décalée et rigolote. « Comme cela se passe dans la maison, un oiseau bizarre à côté d’un tableau classique. »

La conservatrice se réjouit de transmettre de nouvelles connaissances au grand public. « On peut voir l’évolution du public. je trouve ça fascinant. Fin XIXe, il est très structuré socialement. Il y a un côté très formel. On constate dans les tableaux que les hommes sont au parterre, les femmes dans les loges, les démunis au poulailler.  »

Et quand on lui demande comment la mère de famille gère les enfants et son métier, elle répond : « Heureusement, mon mari met beaucoup la main à la pâte ! »

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