Spectacles: l’amour toujours et encore

Avec tout mon amour ou amour toujours ou aimons-nous les uns, les autres, voilà quelques titres que j’aurais pu choisir. Pourquoi? Parce que le week-end a été chargé en émotions spectac’(o)culaires.

J’ai vu deux spectacles et un film, qui n’abordent pas des sujets guillerets mais qui vous touchent au fond de l’âme.  Ils ne sont pas si nombreux les fictions, les pièces qui vous laissent des émotions encore palpables le lendemain, puis le surlendemain. Des pensées qui vous trottent encore dans la tête bien plus tard, des répliques, des images, des sensations qui vous restent collées au coeur. Et ceux qui vous donnent quelques larmes que vous n’attendiez pas sont encore plus rares et plus précieux.

Quelle introduction ! Mais de quoi parle-t-elle, qu’on y courre ?

Pour le film, c’est très simple, dimanche j’ai fait comme tout le monde, j’ai vu Intouchables, l’histoire de Philippe Pozzo di Borgo et de Abdel son complice pour braquer encore un peu de vie à la vie. Je ne suis pas très originale mais j’ai kiffé grave, comme tout le monde. Que le premier qui n’a pas aimé, ose une critique, c’est impossible. De l’humanité, du rire, de l’énergie vitale sur pellicule, de l’amour, la recette est simple et magistralement bienvenue pour tous !

Dans le spectacle vivant et bien vivant (et oui c’est comme ça qu’on dit et quelquefois, ça se justifie), j’ai vu vendredi Fanny Ardant dans L’année de la pensée magique de Joan Didion au théâtre de l’Atelier et samedi, Tout est normal mon cœur scintille, de et avec Jacques Gamblin au théâtre du Rond-Point.

Fanny ardant, je l’ai vue, il y a fort longtemps au début de sa carrière (oui bon…) dans Les Bons Bourgeois de Obaldia. Puis il n’y a pas si longtemps, j’ai assisté à une pièce prise de tête La Bête dans la Jungle, où elle attendait patiemment que Gérard Depardieu veuille bien répéter la réplique qu’on lui soufflait dans l’oreillette. Dans Music-Hall de J-l Lagarce, elle était superbe.

Carole Bellaïche_ H&K

Une femme entre en scène. Elle raconte très précisément avec calme, méthode et émotion maîtrisée, ce qu’elle a vécu. Le pire, perdre les êtres qu’on aime. « La vie change vite. La vie change en un instant. On s’apprête à dîner et la vie telle qu’on la connait s’arrête. »

Son mari meurt d’une crise cardiaque. Sa fille est depuis quelques temps dans le coma. la jeune femme se réveillera puis retombera dans le no man’s land de la vie. Mais celle qui nous raconte, ses expériences qui changent la vie,  l’épouse et la mère, ne se laisse pas aller. Ce n’est pas le genre de femme qui s’abandonne, non elle maitrise et tant qu’elle maitrise soi, les autres, la maladie, elle maitrise le cours de la vie même envers et contre la mort.

Elle « prend toutes les dispositions », fait ce qui doit être fait, semble accepter l’épreuve ultime mais ce n’est qu’une façade. Au fond elle s’invente des subterfuges, des superstitions, parce qu’ainsi, elle peut garder au fond d’elle, l’impossible : la pensée que son mari revienne un jour.

photo ARTCOMART

Fanny Ardant marche dans le décor sobre et remplit l’espace de sa voix si particulière, des mots de la vie de Joan Didion. Le texte est très fort parce qu’il est simple, il raconte le moindre geste, impression, silence, que l’écrivain a ressenti, vécu, expérimenté de toute ses fibres.
Pas de cris, pas de mots plus hauts que d’autres, mais une intériorité si forte qu’elle va droit au cœur des spectateurs. Fanny Ardant, alias Joan Didion, décrit la mort de tout être cher et de ce que notre pensée imagine et construit pour tenir debout et continuer à vivre différemment.

Un monologue qui reste en tête, bien après que les spectateurs aient quitté le théâtre après avoir ovationné debout la comédienne.

Au Rond-Point, samedi après-midi, je me presse dans la grande salle pleine à craquer. « Tout est normal, mon coeur scintille. » Le plateau est dans le noir. Un halo de lumière, une main apparait à l’intérieur. Elle cherche ; elle cherche la femme aimée, envolée, partie, laissant sa moitié désespérée, délirer.

L’amoureux quoi qu’il fasse, qu’il pense, revient à elle.  Et il en pense des choses!! Mon dieu qu’il est difficile de parler de façon cohérente et simple de ce spectacle. Impossible de le décrire tant la pensée de l’auteur virevolte, passe d’une idée à l’autre, de la plus bizarre à la plus simple. mais au fond il n’en a vraiment qu’une: son amour pour l’autre.

http://www.dailymotion.com/embed/video/xlyp82
Tout est normal mon coeur scintille par WebTV_du_Rond-Point

Vu comme ça, le spectacle n’est pas drôle. Faux, il est hilarant par moments, poétique par d’autres, émouvant aussi. C’est un tout incroyable, qui ne ressemble à rien d’autre qu’à son auteur.
Mais est-ce le top modèle qui s’est inspiré de la girafe ou l’inverse? Après avoir vu la séance d’ostéopathie, vous hésiterez à consulter…Ce petit bonhomme mince, presque fluet, occupe lui aussi l’espace de ses délires si touchants. Il parle du coeur qui ne se trouve pas à gauche mais « au centre! »

Un couple de danseurs, des doubles de lui,  en couple, accompagnent Jacques Gamblin dans des pas de deux ou de trois, sensuels, délicats, aériens, emplis d’énergie vitale. (photos Giovanni Cittadini Cesi)

Le spectacle est magique, ne ressemble à rien, ne se refuse rien, pour affirmer encore et toujours que la vie c’est l’amour.

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