Le Prix Martin: une comédie à l’Odéon

Tandis que, rive droite, le metteur en scène grec Michael Marmarinos assasine Phèdre à la Comédie Française, rive gauche au théâtre de l’Odéon, le metteur en scène allemand, Peter Stein, redonne ses lettres de noblesse à la comédie de Labiche, Le Prix Martin. L’occasion de découvrir l’une des dernières pièces de l’auteur et d’apprécier le jeu de Jacques Weber et Laurent Stocker,entre autres, dans des décors inventifs et magnifiques.

Ferdinand Martin, Jacques Weber, joue au bésigue tous les jours avec son ami Agénor Montgommier, Laurent Stocker, méconnaissable en perruque violette. Pour les deux compères, la vie s’écoule tranquillement sans complication, au grand dam de l’épouse de Martin, Christine Citti qui se consolait jusque là dans les bras…d’Agénor. Mais Agénor est fatigué de tromper son ami et fatigué tout court de satisfaire ces dames. Il fait de plus en plus faux bond à sa maitresse. Malheureusement pour lui le cousin sud-américain haut en couleur de Ferdinand lui révèle le pot-aux-roses : Agénor est l’amant de sa femme. Martin, mari trompé, doit se venger. Il imagine de précipiter son ami dans un gouffre lors d’un voyage en Suisse…

Sur la scène de l’Odéon, le décor est à la fois classique et contemporain. Classique car les quelques meubles de l’appartement, de l’hôtel puis du chalet, sont d’époque tout comme les costumes d’ailleurs. La scénographie est contemporaine, par son style épuré : un immense tapis différent à chaque acte, occupe le centre de la scène. Au-delà des portes intérieures, de magnifiques toiles peintes noir et blanc, comme des dessins XIXe, évoquent l’extérieur : Paris et ses monuments, la Suisse, les montagnes.

On s’amuse beaucoup aux aventures de Ferdinand piégé dans ses velléités de vengeance. Car très vite, il ne tient plus à tuer son ami mais c’est sans compter sans son bouillant cousin sud-américain qui le pousse à laver l’affront tout en flirtant dans son dos, avec sa femme.

Peter Stein, grand connaisseur de Labiche, créa La Cagnotte en allemand. Il voit dans dans Le prix Martin « une étrange mélancolie », celle de deux amis qui aspirent à la tranquillité et laissent de côté l’amour et le sexe. Autour d’eux, les autres « couples » de la pièce, s’en donnent à coeur joie, et nous aussi ! Chaque réplique recèle des détails savoureux. La mise en scène est élégante, le rythme est soutenu et les comédiens jouent leur partie sans en « faire » trop. Un excellent spectacle et une pièce à découvrir.

Elle mériterait que les spectateurs bien élevés de l’Odéon manifestent un peu plus d’enthousiasme spontané…
J’aimerais bien savoir aussi pourquoi il n’y a plus les trompettes qui signifiaient aux spectateurs l’imminence du lever de rideau… c’est ainsi qu’à la reprise après l’entracte les personnes regagnent leurs places en retard ce qui permet au comédien,Jean-Damien Barbin (le domestique) alors en scène, quelques mimiques qui font rire ceux déjà assis. Ah, autre bizarrerie plutôt ridicule, les annonces pour les portables et d’entracte sont dites en français et… en anglais. cela ne s’impose vraiment pas vu qu’il ne s’agit pas d’une pièce en anglais ou dans une autre langue étrangère. A priori, je pense que les spectateurs qui viennent au théâtre et dans ce théâtre en particulier, connaissent les coutumes théâtrales. Je sais bien que l’Odéon est théâtre de l’Europe mais là c’est pousser le bouchon un peu loin. A-t-on dit à Luc Bondy que le mieux est l’ennemi du bien?
Luc Bondy dit dans son éditorial sur le site de l’Odéon que « (son) projet pour l’Odéon est d’y faire du théâtre », ça tombe bien. Mais il n’est pas nécessaire d’en faire au-delà de la scène.

Jusqu’au 5 mai avec Jean-Damien Barbin, Rosa Bursztein, Julien Campani, Pedro Casablanc, Christine Citti, Manon Combes, Dimitri Radochevitch, Laurent Stocker, Jacques Weber de 6 à 34€.

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