Monologues: Contrebasse et Duras

Jouer un monologue est un défi pour l’auteur et pour le comédien qui portera ses mots. Au Petit théâtre de Paris, dénommée aujourd’hui Salle Réjane, joue Clovis Cornillac dans La Contrebasse, une pièce de Patrick Suskind. Un monologue ou plutôt un trio qui réunit, le musicien fonctionnaire, sa contrebasse et le public, pris à témoin. Au Vieux Colombier , Alexandre Pavloff, joue le long poème de Duras intitulé La Maladie de la Mort. Deux performances.

Clovis Cornillac a du courage de reprendre le rôle où Jacques Villeret a excellé : celui du musicien alcoolique et désabusé, embarrassé de sa contrebasse, qui rêve d’un coup d’éclat pour attirer l’attention d’une mezzo soprano qui ne le remarquera jamais.

Le comédien ne démérite pas. Le texte est flamboyant , désespéré, porté par la musique. C’est un rôle qui demande de l’engagement et de la force, de l’émotion et du désespoir. Clovis Cornillac donne une excellente performance à la hauteur du texte. Le décor renforece encore davantage l’impression de solitude et d’une vie de grisaille.

Mais je ne puis oublier Villeret, moi qui ai vu sa prestation. Il y était pathétique. L’infime distance entre le comédien et le rôle n’existait plus. Puisque les mots du personnage se confondaient avec les maux du comédien.

Alexandre Pavloff n’est pas seul sur la scène du Vieux-Colombier. Mais seul, il parle. Il déclame ou plutôt il joue le texte écrit par Marguerite Duras sur cet homme qui n’arrive pas à ressentir, à vivre et s’enfonce ainsi dans la mort. Il n’est pas seul puisqu’une jeune femme, muette, incarne la femme qu’il paye pour l’écouter, coucher, comprendre.

Sur les murs, une vidéo. Duras à Trouville, sur la plage, mais aussi un antique film qui nous emmène sur la banquise blanche et froide. Un film qui nous dérange et nous éloigne du texte tout en le soulignant. Muriel Mayette a gardé la construction du livre. Elle ne démonte pas le texte pour en faire une pièce. Elle attire les mots sur la scène.

Le spectateur ne peut qu’être happé par le rythme des mots, dits sans intonation ou presque. C’est le « presque » qui fait toute la performance du comédien. Jamais ennuyeux, toujours sur le fil des virgules et des respirations. Un texte littéraire dit. Presque pas un spectacle, presque pas une lecture. Un temps nuancé pour parler de la vie, des hommes qui ne s’expriment pas, de l’amour charnel…

Une heure. Plus aurait été trop. Mais là c’est parfait. Jusqu’au 29 janvier. Peut-être la pièce sera-t-elle reprise.

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