Quand c’est beau, c’est beau: La Bête dans la jungle

La Bête dans la jungle , se joue jusqu’au 22 mars au théâtre de la Colline et c’est un spectacle superbe de délicatesse du décor, à la mise en scène, des lumières au jeu subtil des comédiens. Tout cela bien qu’il ne se passe rien et que tout repose sur des mots et des silences. Anachronique? Le beau n’a pas d’âge.

photo E. Carrechio

photo E. Carrechio


Des boiseries
dans les gris-bleus comme dans une vieille demeure, plusieurs profondeurs qui font imaginer de longs corridors, une galerie où l’on imagine des portraits de famille remontant sur plusieurs générations. Quelques meubles qui évoquent plus qu’ils ne meublent l’espace au fil des scènes: un guéridon, un piano, une table basse, des fauteuils cosy, un bouquet. Deux personnages se rencontrent sur toute une vie.

Mary et John pourraient être heureux. On comprend qu’ils ont l’un pour l’autre de l’affection et même de l’amour. On comprend qu’il compte pour elle. Elle se souvient de tous les détails de leur première rencontre. Elle a su avant lui qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Tout pourrait être simple et facile si John n’avait pas la sensation existentielle que « quelque chose » de terrible va venir changer sa destinée. Si surtout John n’était pas obsédé par lui-même pour ne pas dire auto-centré sur sa petite personne. Et pour ne pas entraîner Mary dans cette catastrophe potentielle, il ne peut l’épouser. En revanche il viendra durant de longues années s’épancher, se raconter, attendre cette bête tapie dans la jungle qui attend son heure. Bref il passe à côté de tout, de ce que sa vie aurait pu être, de l’amour, du bonheur.

01-13be094Valérie Dréville, qui a joué Sophocle, Ibsen, Tchékov, Pirandello,… avec les plus grands metteurs en scène, apporte tout son sens et sa profondeur des mots à l’histoire d’Henry James mise en répliques en français par Duras. John Arnold  est l’homme pathétique qui ne comprendra que trop tard que la bête vient de surgir après avoir perdu sa confidente. La mise en scène de Célie Pauthe est magnifique par sa transparence, la mise à distance des personnages rarement proches et le choix des lumières qui sont à tomber et qui habillent le plateau en y apportant de la vie du dehors. Aucun effet si ce n’est les changements un peu répétitifs à mon goût dans leur affectation à apporter les accessoires un par un.

Tout ici est atmosphère, ambiance et lenteur. Mais pas de la lenteur de l’ennui, la lenteur du temps qui s’écoule et qui prend la vie dont John ne fait rien, peu à peu.

photo E. Carrechio

photo E. Carrechio

Le spectacle se prolonge sans entracte par La Maladie de la mort de Duras. Si l’idée se justifie puisqu’on est sur la même thématique, cela fait quand même beaucoup de mots à absorber pour ne pas dire s’infuser à la suite. Du coup on ne peut pas rester sur la beauté du premier spectacle et en profiter tranquillement. Personnellement j’ai préféré l’abstraction de la mise en scène de cette même oeuvre au Vieux Colombier jouée en monologue. Mais cela n’enlève rien au jeu et à la plastique parfaite de Mélodie Richard qui incarne la jeune femme payée par l’homme qui ne sait découvrir la jouissance de la vie.

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