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Théâtre: Elle voit des trophées partout…

Il parait que les trophées de chasse, d’un ringard crasse il y a encore quelques années sont revenus à la mode chez les hype branchés… Je n’y croyais pas mais voilà que coup sur coup dans deux pièces différentes, à trois jours d’intervalle, que vois-je dans le décor ? Des trophées de chasse. Bon une fois, ça passe. Mais deux, ça lasse.

trophees-des-chasses-zDans la première, au théâtre de la Madeleine, Deux Hommes tout nus, tout s’explique. François Berléand à poil, enroulé dans un  simple drap, menace de son fusil un intrus qu’il vient de découvrir couché à ses côtés nu comme un ver. Il lui lance pour le repousser, à chaque fois que le nudiste s’approche de lui : « sous la biche, sous la biche ! »  La biche étant l’un des trophées accrochés  au mur dans le salon de Berléand, avocat de son état, dans un immeuble haussmannien classique. Effet comique garanti. Là, rien à dire, le décorateur a lu la pièce. On aurait pu mettre un tableau, une photo mais un trophée, ça classe tout de suite. C’est vrai que ces têtes d’animaux à corne enfin à bois, empaillés, aux yeux de verre fixes apportent tout de suite un côté décalé et suranné qui prêtent à sourire. Je vous recommande la pièce, hilarante et plus lourde de sens qu’elle n’y parait,  bien jouée et bien écrite jusqu’à la fin, ce que ne réalisait pas toujours Sébastien Thierry (c’est lui aussi qui joue le monsieur tout nu) dans ses autres pièces.

Revenons à nos trophées.

Dans la seconde pièce, Nelson, Chantal Ladesou incarne Jacqueline, une avocate, extravagante comme il se doit, habitant avec son mari et ses deux enfants, un appartement haussmannien classique et classieux. Les plafonds sont d’une hauteur gigantesque, les portes sont monumentalement disproportionnées et dans une encoignure, superposées, trois têtes de gazelle, gnou ou équidé exotique quelconque mais à bois sur la tête.

Là aussi tout s’explique, enfin on vous enfonce à coup de marteau le pourquoi du comment : la famille est carnivore et chasseresse, donc pléthore de marques extérieures de bidoche : les trophées, le canapé à taches de peau de vache noires et blanches, sans compter les escarpins Louboutin en cuir aux pieds de la riche avocate. Ce soir là elle reçoit la famille du futur petit copain de la fille végétalienne et alter mondialiste. Pour faire bonne impression, exit les animaux tués empaillés, le cuir du canapé et la viande cuisinée, entrée des plantes, des verrines de légumes et du vrai lapin nain en os et en poil sans compter le papier peint à fleurs.

A noter que ce n’est pas le même décorateur pour les deux pièces, mais c’est bien la même direction…ceci expliquerait-il cela ?

Question : y avait-il une méga promo sur les animaux empaillés sur socle boisé, du style cinq achetés deux gratuits ? A-t-on réutilisé un décor vintage (plus chic que vieux) de Monsieur Chasse paumé dans les caves ? Jean-Claude Camus est-il parti en safari au Kenya ou à Fontainebleau  pour faire des éconocroques sur les décors? La question se pose…

Et les similitudes entre les deux spectacles ne s’arrêtent pas là… la vue extérieure sur laquelle donnent les balcons des deux appartements  est pratiquement identique : des immeubles pierre de taille haussmannien. Histoire d’économie ou manque d’imagination des décorateurs ?  Vous me direz à Paris que voulez-vous voir sinon Paris ? Certes mais on peut donner sur La Défense, Montmartre ou La Concorde…
Et dans les deux pièces, il y a aussi un fusil brandi! Est-ce le style retour de chasse qui est tendance ou le mouvement Chasse, pêche et tradition qui s’infiltre côté culture?

Personnellement avantage à la Madeleine à tout point de vue, histoire, comédiens, mise en scène et arrière-plan pour sa vue animée très originale et pas si gratuite que ça…

Je donnerai un point tout de même à la Porte St Martin pour le décor. En même temps  y a que ça de bien avec les costumes…parce que pour l’histoire, les répliques, la mise en scène et le jeu…pas de trophée à espérer !

 

Scène Parisienne: le couple à l’affiche

 

 

le mari et la femmeCette semaine, à l’affiche les couples règlent leurs comptes: je suis allée voir deux pièces différentes mais avec un air de famille sur le fond et dans la forme.

Le problème de François Bégaudeau: prolongée au Théâtre Marigny (salle Popesco) après avoir été créée au Rond-Point, grâce à la passerelle entre Privé et Public lancée par Pierre Lescure et Jean-Michel Ribes.
L’illusion conjugale de Eric Assous: reprise au théâtre de l’Oeuvre après avoir obtenu en 2010 le Molière de l’auteur vivant francophone.

 Un  homme, une femme, un amant hypothétique font partie des deux spectacles.
Dans le premier, le mari et les enfants interrogent leur épouse et mère sur son désir de quitter le « foyer » pour vivre avec son amant après 23 ans de mariage.
Dans le second, une épouse interroge son mari sur le nombre de ses maîtresses, histoire de remettre les pendules à l’heure et lui avoue pour sa part, un seul amant.
Même scénographie sobre et épurée. Le décorateur suggère un intérieur plutôt qu’il n’imagine un décor. La mise en scène se focalise sur la direction d’acteur.

Dans les deux spectacles, l’important est le texte.Les mots et plus encore les silences, portés par le jeu des comédiens, sont le centre du spectacle. Pas d’action, pas d’effets, mais de l’analyse, de l’observation, pour démonter une situation, un cheminement psychologique, des réactions émotionnelles.

 Le problème, tient plus de l’analyse  du pourquoi du comment du désir, des questions qu’entrainent la décision de la mère et épouse sur l’ensemble de la  famille et du pouvoir salvateur et bénéfique sur tous de la parole échangée.
L’illusion Conjugale, sous une façade de marivaudage, parle d’amour, d’amitié, et de relations entre les êtres qu’ils s’aiment d’amour ou d’amitié.

Deux pièces subtiles et modernes avec des acteurs fins et brillants. Pourquoi s’en priver!

Théâtre Marigny, Carré Marigny Paris, 8e Tél: 01 53 96 70 00
photos le problème  Giovanni Cittadini Cesi

Théâtre de l’Oeuvre 55 rue de Clichy Paris 9e Tél: 01 44 53 88 88