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METRO, RAMBO et PETITES PEPES

  

trivago.fr

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Je ne sais pas vous mais moi les gens qui, dans le métro crachent, se coupent les ongles, dépiautent des cacahouètes ou se remaquillent, me crispent. Et encore, j’en passe des moins bonnes et des meilleures plus croustillantes, des vertes et des pas mûres moins appétissantes.

Exemple: Depuis quelques temps, à la station La Motte-Picquet, j’ai repéré le prototype féminin de « ça-passe-ou-ça-casse-et-si-ça-te-plaît-pas-je-m’en-fous,-l’essentiel-est-que-je-sois-assise-avant-toi,-dégage. »

Pour les provinciaux, j’explique la manœuvre. Il faut une certaine pratique, de l’entraînement, de la concentration. Ce n’est pas donné à tout le monde.

  •  Il faut anticiper l’arrivée du métro. Capter le bruit de la rame roulant au fond du tunnel est primordial. Se méfier des stations à double lignes voire triple. Et oui ça c’est Paris ! On est dans la capitale, merde quoi!

En raccourci, vous branchez le sonotone, histoire de ne pas être surpris par l’arrivée du métro.

  • Vous squattez devant l’une des portes de la rame à venir. Faut en choisir une et s’y tenir, pas question de changer au dernier moment, ça serait trop tard. Au besoin laissez passer un ou deux métros histoire de repérer le bon endroit. ( Faut avoir le temps, et le matin ce n’est pas évident, suggestion: entraînez-vous la veille).

 

  • Placez-vous sur le côté de la porte quand elle s’ouvre, juste au coin pour vous infiltrez dans la place. N’attendez surtout pas que tout le monde soit descendu, vous rateriez la manœuvre. Le coup, c’est de monter pendant la descente. Vous me suivez ? Vous qui êtes sur le quai, vous montez. Eux qui sont dans le métro, les veinards, ils descendent.

Conseil pratique, montez de biais c’est à dire à l’égyptienne, parce que de face vous risquez de vous faire éjecter.

  • Sachez où vous allez, ayez un objectif, enfin n’en changez pas et tenez-vous y (ou tenez-y vous, si vous parlez français comme une vache espagnole. Notez que je n’ai rien contre les vaches, elles font ce qu’elles peuvent à l’école, vu avec quoi on les a élevées, c’est déjà un miracle qu’elles parlent.).

Droit sur la cible: la place assise. Ne regardez ni à droite ni à gauche, ne croisez pas le regard de l’autre, celui qui veut la place.

Sinon vous êtes foutu.  Ce pourrait être une femme enceinte, un vieux, ou pire une vieille.

Mais qu’est-ce que les gens âgés (c’est pour éviter de répéter vieux) font à 8 H du matin dans les transports en commun?

Maintenant que je vous ai expliqué la technique, admirons le Rambo féminin de La Motte-Picquet, pantalon bleu, parka, cheveux courts en brosse (parce que des cheveux longs en brosse, faut me donner le nom du coiffeur ) 40, 45 ans et plus si affinités, yeux noirs ronds (c’est important pour la suite).

Revenons au lundi matin. Après avoir mis en pratique le mouvement tournant décrit plus haut,

La Femme s’assoit. Moi en face d’elle. Mais elle ne m’a pas remarquée. Elle s’affaire déjà. (En lisant, si vous pouvez, mettez de la musique angoissante, ça aide pour l’ambiance).

Elle pose d’abord sur les genoux, méthodiquement, un magazine (le catalogue des vacances du CE de la BN$, banque nationale parisienne dont je tairai le nom, vu que c’est la mienne), puis son sac par dessus pour qu’il ne glisse pas.

On sent l’expérience.

Enfin dans un geste superbe, elle ouvre le sac et en sort…une glace et un tube de mascara.

Quatre stations plus tard, elle se peinturlure toujours avec application, voire componction. (air de gravité affectée, dixit le Petit Larousse Illustré. C’est formidable, on se cultive et en plus on se détend.).

Faudrait peut-être lui suggérer de changer de marque?  J’essaye de ne plus la fixer, la lorgner, la pister, bref, je l’ignore. Sur ma gauche, un magazine dit médical : « Ces maux de bouche qui m’ handicapent » et « Les infections urinaires ». (Ce sont deux titres différents, je vous rassure. Parce que si vous avez les deux, bonjour chez vous! Vous devez pas avoir beaucoup d’amis). Et pour un lundi matin, c’est un peu rude.

Mardi : rien à signaler.

Mercredi matin, je croise de nouveau  » The Mascara Woman », pantalon beige, même magazine de la BN$. Normal, c’est un gros catalogue, faut le temps de l’éplucher.

Rebelotte, elle se précipite (voir plus haut pour description). Je fais bien attention de ne pas m’asseoir en face, elle me crispe trop.

Elle pose le sac à plat, sort ses armes. Dévisse le bouchon et Tchak, tchak ( bruit sec du pinceau qu’on pousse d’avant en arrière et qui tape sur le pas de vis. Essayez vous-même, vous allez comprendre.)

Cils du haut, cils du bas, changement de position de main, pinceau en bas tenu de façon perpendiculaire par rapport à l’œil pour bien faire le coin interne de l’œil. ( Je vous ferais bien un dessin mais je n’ai pas Power Point).

Elle roule de gros yeux et ouvre la bouche grand pour ouvrir les yeux encore plus grand. Logique. En baissant la mâchoire, ça fait baisser les paupières.

Station Madeleine : Fin des opérations. Elle a gagné une station par rapport au début de la semaine. Normal, le lundi on manque d’entraînement.

Jeudi. Personne. Enfin les ringards habituels. C’est à dire vous et moi. Désolé, vous en faîtes partie aussi.

J’avoue. Moi aussi je me précipite quelquefois pour avoir une place assise et j’évite de me manifester trop rapidement si une personne du troisième âge (C’est pour éviter d’écrire vieux) a la bonne idée de nous accompagner au boulot.

J’attends qu’un mec se manifeste. Je peux attendre longtemps, remarquez.

Au fait pendant que j’y suis, messieurs, pouvez-vous ranger votre journal aux heures de pointe et vous les filles, avec vos sacs à main-à-dos, pouvez-vous les porter à la main vos sacs à dos? Pourquoi? Pourquoi!

Parce que ça prend de la place. Stupide!

Allez à Lundi, parce que Vendredi je ne travaille pas, moi. Et toc.

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